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Des ivoires indiens trouvés en compagnie de bronzes romains, de verres d’Alexandrie et de laques chinois en plein cœur de l’Afghanistan : l’archéologie peut réserver bien de (belles) surprises !

L’Inde est une région connue pour ses éléphants et ses artistes ne pouvaient qu’exceller dans le travail de l’ivoire. Une inscription du grand stupa de Sanchi, en Inde centrale, au 1er siècle av. J.-C., enregistre ainsi les dons importants effectués par la guilde des ivoiriers de Vidisha, témoignant de la reconnaissance de ces artisans au sein de la société de ce temps. Malheureusement, le climat chaud et humide de la plus grande partie du sous-continent indien a été peu propice à la conservation des ivoires les plus anciens. Longtemps, le plus vieil ivoire indien connu a été une petite figurine (élément de mobilier ou manche de miroir) découverte… à Pompéi ! Antérieure à l’éruption du Vésuve (79 ap. J.-C.), cette œuvre atteste des échanges commerciaux entre l’Inde et le monde romain.

C’est dire si la découverte du « trésor de Begram » a constitué un événement extraordinaire. À la fin des années 1930, la Délégation archéologique française en Afghanistan, sous la direction de Joseph et Ria Hackin, fouillait cette ville censée avoir été fondée par Alexandre le Grand lorsqu’elle tomba sur une « cache » ou une réserve, dont la fonction reste peu claire, contenant un ensemble hétéroclite d’objets précieux venant de toutes parts du monde antique : des bronzes et des emblemata en plâtre romains, des verres d’Alexandrie (certains en forme de poisson, un autre représentant le célèbre phare), des laques de Chine… et des ivoires indiens ! Ces derniers évoquent toute la richesse et le luxe des cours indiennes, dont l’atmosphère est retranscrite sur ces éléments de mobilier.

Elément de mobilier : plaquette avec deux figures féminines sous un portique, 1er siècle, Afghanistan, Begram, ivoire, mission Hackin (DAFA 1939-1940), MA321

Au débouché de l’Hindu-Kush, Begram s’avérait ainsi une plaque tournante sur une des routes de la Soie et témoignait des échanges d’un bout à l’autre de l’Eurasie. Conformément à l’accord en 1922 entre la France et l’Afghanistan, le trésor a été partagé entre le MNAAG et le musée national de Kaboul, ce dernier conservant les œuvres uniques, notamment les grands ivoires représentant des divinités fluviales en ronde bosse.


Begram ivories

Indian ivories found in the company of Roman bronzes, Alexandrian glass and Chinese lacquerware in the heart of Afghanistan: archaeology can hold many (beautiful) surprises!

Furniture element: plaque with two female figures under a portico, 1st century, Afghanistan, Begram, ivory, 14.6 x 13.5 x 1.3 cm, Mission Hackin (DAFA 1939-1940), MA321.

India is a region known for its elephants and its artists could not but excel in working with ivory. An inscription on the great stupa of Sanchi, in central India, in the 1st century BCE, thus records the important donations made by the guild of ivory workers of Vidisha, testifying to the recognition of these craftsmen in the society of that time. Unfortunately, the hot and humid climate of much of the Indian subcontinent has been unfavourable to the conservation of the ancient ivories. For a long time, the oldest known Indian ivory was a small figurine (piece of furniture or mirror handle) discovered… in Pompeii! Pre-dating the eruption of Vesuvius (79 CE), this work attests to trade between India and the Roman world.

The discovery of the « Treasure of Begram » was an extraordinary event. At the end of the 1930s, the French Archaeological Delegation in Afghanistan, under the direction of Joseph and Ria Hackin, was excavating this city, supposedly founded by Alexander the Great, when it came across a « cache » or storeroom, the function of which remains unclear, containing a motley collection of precious objects from all parts of the ancient world: Roman bronzes and plaster emblemata, Alexandrian glass (some in the shape of a fish, another representing the famous lighthouse), Chinese lacquerware… and Indian ivories! The latter evoke all the richness and luxury of Indian courts, whose atmosphere is transcribed on these pieces of furniture.

At the outlet of the Hindu-Kush, Begram was thus a hub on one of the Silk Roads and testified to the exchanges from one end of Eurasia to the other. In accordance with the 1922 agreement between France and Afghanistan, the treasure was shared between the MNAAG and the National Museum of Kabul, the latter conserving the unique works, notably the large ivories representing river goddesses in the round.