Sous la grande vague au large de Kanagawa

Japon
1830-1832 - Epoque d'Edo (1603-1868)
25,5 x 37,5 cm (Ôban yoko-e)
Image de la Grande Vague de Hokusai
Légende

 

Photo (C) RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Richard Lambert

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Il est des œuvres d’art qui, à un moment de leur existence, cessent d’être perçues comme telles pour devenir des icônes. A l’instar de la Joconde, qui n’est plus un portrait de la Renaissance italienne – ou qui est bien plus que ça -, la Vague d’Hokusai échappe à la seule histoire de l’estampe japonaise.

Pourtant, réalisée au tout début des années 1830, elle marque un tournant majeur dans l’histoire de la gravure sur bois au Japon en général, et dans l’art d’Hokusai en particulier. Depuis le 17ème siècle, l’estampe n’avait cessé d’évoluer, tant techniquement, par l’augmentation croissante du nombre de couleurs, que thématiquement et stylistiquement. Initialement, ces œuvres à tirages multiples avaient pour but de populariser les lieux de plaisir, les acteurs fameux et les courtisanes célèbres. Mais cette évocation du "monde flottant" (ukiyo-e) évolue progressivement, à la fois en devenant un mode d’expression artistique à part entière et en acquérant une dimension plus introspective. Il revient notamment à ce peintre et dessinateur génial qu’était Hokusai de promouvoir, dans les premières décennies du 19ème siècle, un goût nouveau pour le paysage, genre à la fois ancien, renvoyant à la tradition de la peinture chinoise, et nouveau dans le contexte de l’ukiyo-e de cette période d’Edo finissante.

Une originalité d’Hokusai consiste aussi à créer des séries. La première et la plus célèbre est celle qu’aux alentours de 1830 il consacre aux trente-six vues de ce volcan emblématique de l’île d’Honshu qu’est le mont Fuji, à la fois montagne sacrée et plus haut point de l’archipel nippon. Le cône quasi parfait du Fuji est traité de manière extrêmement variée, tantôt central dans la composition, tantôt détail presque anecdotique. Dans la première estampe de la série, le Fuji apparaît à l’arrière-plan, au creux d’une vague monstrueuse dont l’écume ressemble à des mains prêtes à saisir les fragiles barques ballotées par les flots de ce qui pourrait évoquer un tsunami. La blancheur de la neige qui recouvre le volcan fait écho à celle des vagues, alliant la terre, l’air, le feu et l’eau, tandis que se joue sous nos yeux la fragilité de l’existence humaine.

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