Ce chef-d’œuvre provenant d’Inde du Sud est une image de procession. Le trou dans le socle permettait de faire passer un brancard pour que l’image divine soit portée par des fidèles ou hissée sur un char. Cette cérémonie avait pour but de faire en sorte que le dieu, qui est physiquement présent dans l’image grâce à un rituel d’installation, puisse voir ses dévots et d’être vu d’eux.

Pour les souverains de la dynastie Chola, qui régna sur l’Inde du Sud entre le 9e et le 13e siècle, Shiva sous sa forme de Seigneur de la danse était la divinité suprême. Figé dans une posture de Bharata Natyam, la danse classique du pays tamoul, il exécute la « danse terrible qui apporte la joie ». Le dieu manifeste ainsi sa toute puissance. Il foule au pied le démon de l’ignorance. De sa main supérieure droite, il agite le tambourin qui rythme la création du monde, tandis que, dans la main supérieure gauche, il tient la flamme de la destruction. Maître du cycle des existences, il est donc à la fois celui qui crée et détruit l’univers, selon un cycle en perpétuelle révolution. Mais durant la durée d’existence du monde, ou de notre vie, Shiva est aussi le protecteur, comme l’indique sa main droite inférieure qui fait le geste de l’absence de crainte, tandis que de son bras gauche il fait le très beau geste dit « de la trompe d’éléphant » : il désigne ainsi son pied tendu, devant lequel le fidèle est invité à s’incliner pour recueillir la grâce divine.

Le mouvement de la danse provoque le dénouement du chignon d’ascète de Shiva dont les longues mèches tressées se déploient de part et d’autre de sa tête. Dans sa chevelure, on aperçoit une sorte de petite sirène : c’est la déesse du Gange, fleuve céleste que Shiva a accepté de recevoir sur sa tête pour amortir la chute de ses eaux sur la Terre.

Cette statue a été réalisée selon la technique de la fonte à cire perdue qui donne donc une œuvre forcément unique mais permet de réaliser un modelé particulièrement délicat et fluide.