Takahiro Kondo est considéré comme un des plus grands artistes contemporains japonais, enraciné dans une pratique, celle de la céramique, dont il fait un mode d’expression universelle, dans le domaine de la statuaire et des installations.

Issu d’une famille de samouraïs de Kyoto, Takahiro Kondo appartient à la quatrième génération de la famille Kondo, dédiée à la céramique depuis le milieu du 20e siècle ; plusieurs furent des novateurs dans l’art de la céramique japonaise.

Takahiro Kondo s’inscrit dans cette tradition familiale du bleu et blanc avant de passer à un travail de façonnage à partir de plaque de céramique obtenue, ici, à partir de de pâte de porcelaines colorées dans la masse et mêlées. A la poursuite de la retranscription des éléments naturels et notamment de l’eau, il met au point en 2004, après de longues recherches, un précipité métallique dans ses glaçures ou couche vitreuse ; le gintekisai, désormais sa « marque de fabrique » combine l’or, l’argent, le platine au verre ; la glaçure qui en résulte et recouvre l’œuvre mêle transparence et gouttes métallescentes, transcrivant tous les états de l’eau : liquide, brouillard, glace, vapeur… Ici le gintekisai fait référence à la radioactivité. Après la catastrophe du tsunami de 2011 qui fit 18 000 morts et la menace nucléaire autour de la zone de Fukushima, T. Kondo éprouve le besoin de répondre par son art à la catastrophe. Il crée à partir de 2014 une série de sculptures de porcelaine à partir de moulage de son propre corps, celui d’un homme longtemps dédié à une activité sportive (il fut champion de tennis de table).

Par son choix du titre « Réduction », Kondo suggère les terribles effets de la catastrophe de 2011 : la diminution voire la disparition de l’humanité. Elle évoque aussi la légère réduction lors de la cuisson, à la suite de l’évaporation de l’eau présente dans la pâte lors de la cuisson. Avec 85 cm de haut l’œuvre ainsi obtenue est donc un peu plus réduite que nature. Le choix de cette figure archétypale japonaise peut être lu de manière extrêmement diverse :  celle de l’image d’un saint homme bouddhiste, voire du bouddha même dans sa phase ascétique ; celle d’un renonçant ou arhat, méditant jusqu’à la mort ; celle d’un saint homme pratiquant le contrôle du souffle par le recours au yoga. Kondo s’est figuré dans la posture classique de de méditation qui est connu sous le nom de padmasana : jambes croisées, pied sur la cuisse opposée, dos droit, tête alignée, main posée dans le giron, genoux touchant le sol. L’arc de la cage thoracique est nettement marqué. La référence à la méditation yogique tempère une lecture dramatique de l’œuvre et amorce un retour aux sources : le bouddhisme, les éléments (les terres mêlées, l’eau matérialisée par la glaçure), la méditation, le don de soi. L’œuvre peut ainsi être lue comme un memento mori bouddhiste. La pluralité des interprétations possibles confère à la sculpture sa force et son universalité.