Réduction

Japon
2016
85 cm
Porcelaines colorées (neriage), glaçure (gintekisai)
Image d'une sculpture, d'après un moulage fait sur le corps de l'artiste
Légende

 

Photo (C) RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

_en_alert_title Œuvre exposée actuellement au Musée Guimet - Place d'Iéna

Issu d’une famille de samouraïs de Kyoto, Takahiro Kondo appartient à la quatrième génération des Kondo, dont plusieurs furent des artistes novateurs dans le domaine de la céramique japonaise au cours du 20ème siècle.

Takahiro Kondo s’inscrit ainsi dans une tradition familiale du bleu et blanc, avant de passer à un travail de façonnage à partir de plaques de céramique obtenues, ici, à partir de pâtes de porcelaines colorées dans la masse et mêlées.

À la poursuite de la retranscription des éléments naturels et notamment de l’eau, il met au point en 2004, après de longues recherches, un précipité métallique dans ses glaçures ou couches vitreuses, le gintekisai, désormais sa "marque de fabrique", qui combine l’or, l’argent, le platine au verre. La glaçure qui en résulte et recouvre l’œuvre mêle transparence et gouttes métallescentes, transcrivant tous les états de l’eau : liquide, brouillard, glace, vapeur…

Après la catastrophe du tsunami de 2011 qui fit 18 000 morts et la menace nucléaire autour de la zone de Fukushima, Takahiro Kondo éprouve le besoin de répondre par son art à la catastrophe. Il crée à partir de 2014 une série de sculptures de porcelaine à partir de moulages de son propre corps, celui d’un homme longtemps dédié à une activité sportive (il fut champion de tennis de table). Par son titre, "Réduction", Kondo suggère les terribles effets de la catastrophe de 2011 : la diminution, voire la disparition de l’humanité sous l’effet des radiations nucléaires. Il évoque aussi une légère réduction du volume de l’œuvre, à la suite de l’évaporation de l’eau présente dans la pâte lors de la cuisson : avec 85 cm de haut, l’œuvre ainsi obtenue est un peu plus petite que nature.

Cette figure archétypale japonaise peut être lue de manière extrêmement diverse : image d’un saint homme bouddhiste, voire du bouddha même dans sa phase ascétique; image d’un renonçant, ou arhat, méditant jusqu’à la mort; image d’un saint homme pratiquant le contrôle du souffle par le recours au yoga. Kondo s’est figuré dans la posture classique de méditation: jambes croisées, pied sur la cuisse opposée, dos droit, tête alignée, main posée dans le giron, genoux touchant le sol. L’arc de la cage thoracique est nettement marqué. La référence à la méditation yogique tempère une lecture dramatique de l’œuvre et amorce un retour aux sources : le bouddhisme, les éléments (les terres mêlées, l’eau matérialisée par la glaçure), la méditation, le don de soi. L’œuvre peut ainsi être lue comme un memento mori bouddhiste. La pluralité des interprétations possibles confère à la sculpture sa force et son universalité.

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