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Ce regard croisé, porté sur la conception et la réception des expositions, invite
à penser la question de l’altérité dans les pratiques muséales d’hier et d’aujourd’hui.
Il conviendra également de porter une attention particulière aux expositions
permanentes, dont les enjeux d’attractivité sont largement partagés à l’échelle
internationale.
Plusieurs axes structureront cette recherche. Tout d’abord, l’analyse des formats,
de l’exposition spectaculaire de grande envergure à l’exposition de quelques
chefs-d’œuvre soigneusement mis en valeur, permettra d’évaluer les tendances
à l’œuvre en Europe comme en Asie. Ensuite, la problématique des narrations –
de la déf inition du point de vue à la structuration du discours en passant par le mode
d’adresse au visiteur – offrira un cadre pour comprendre comment les musées
transmettent l’histoire de l’art asiatique selon les contextes culturels et les
conjonctures locales. Un axe sera consacré à la question des expôts : que choisit-on
d’exposer en Asie et en Europe ? Montre-t-on les mêmes objets selon les contextes
et les périodes ? Cet axe permettra de comparer les pratiques en matière
de typologie d’œuvres, de nature d’objets présentés – originaux et répliques
notamment – ainsi que d’interroger la place de l’art contemporain dans les
expositions permanentes ou temporaires principalement consacrées à l’art ancien.
La muséographie et la scénographie feront l’objet d’un autre volet d’analyse : l’étude
des modes de présentations – reconstitutions contextuelles (period rooms
ou reconstitutions de contexte de découverte), présentations épurées, dialogues
d’œuvres de périodes, techniques ou iconographies comparables ou dif férentes
– permettront de saisir les partis pris privilégiés et les ef fets qu’ils produisent, dans
différents contextes culturels. Par ailleurs, les dispositifs de médiation seront
interrogés à travers les intentions portées par les musées et les compétences
culturelles supposées des visiteurs. Dans le cadre de cet axe, une attention
particulière sera portée à l’analyse des modalités de présentation des œuvres
asiatiques tant en Europe qu’en Asie, ainsi qu’à l’étude comparative des expositions
consacrées à l’art asiatique en contexte occidental et à celles dédiées à l’art
européen sur le continent asiatique. Enf in, un axe de recherche sera consacré
à la place croissante du numérique, dont les usages, loin d’être homogènes,
connaissent des développements contrastés en Asie et en Europe, porteurs
d’orientations technologiques et discursives spécif iques.
Associant professionnels de musées et chercheurs en sciences humaines et
sociales dans une approche pluridisciplinaire et internationale, cet axe de recherche
vise à identif ier, dans les pratiques de conception d’expositions d’arts asiatiques
qui cristallisent de nombreux enjeux dans un monde traversé par des tensions
globales et locales, les mutations à l’œuvre aujourd’hui et l’histoire longue
des représentations entre l’Asie et l’Occident dans lesquelles elles s’inscrivent.