La Corée des Joseon :
un « Royaume ermite » ?
Étudier l’histoire des relations et des échanges entre la Corée et
l’Occident semble pertinente, tant elle est, à maints égards,
singulière. En ef fet, si, aujourd’hui, la Hallyu wave s’est largement
dif fusée dans tous les secteurs industriels et culturels du monde,
l’histoire de cette civilisation n’en demeure pas moins empreinte de
nombreuses idées reçues. La plus f lagrante consiste, notamment,
à considérer la Corée des Joseon, dynastie royale qui gouverna la
péninsule entre 1392 et 1910, comme un « Royaume ermite »,
expression utilisée pour la première fois par l’orientaliste américain
William Elliot Grif f is en 1882. Cette idée se fonde sur les sources
dont ce dernier disposait à son époque, en particulier du récit
du commissaire de bord hollandais Hendrik Hamel (1630-1692).
Or, les sources textuelles (coréennes, chinoises, japonaises,
portugaises, hollandaises, espagnoles, françaises, anglaises),
s’échelonnant du XV
e
au XVIII
e
siècle, font état, bien au contraire,
d’une Corée activement liée aux mouvements politiques et
artistiques qui se développent alors en Eurasie.
Ce projet de recherche s’attachera à étudier en profondeur les
relations artistiques, scientif iques et politiques entre le Royaume
des Joseon et les puissances voisines et portera, notamment, sur
les échanges diplomatiques et les cadeaux d’ambassadeurs (analyse
des échanges entre la Chine des Ming puis des Qing et la Corée
des Joseon ; études des objets coréens offerts, échangés
ou produits pour les puissances voisines entre le XV
e
et le XIX
e
siècle). Il s’attachera, plus spécifiquement, à l’étude de deux œuvres uniques
conservées au musée Guimet et datant du XVIII
e
siècle : la peinture à l’huile
intitulée « Fonctionnaires coréens, envoyés étrangers, vus en buste derrière une
balustrade » (MET 2320) et « À la porte du palais des Joseon » (EG 2183).
Ce projet de recherche traitera également de l’impact de la présence jésuite en
Chine et de son inf luence sur la Corée des Joseon au XVIII
e
siècle (notamment par
l’application du calendrier jésuite, des savoirs en astronomie, en cartographie), de
l’organisation et de la reconstitution des bibliothèques royales. Les œuvres
concernées par cette étude seront les productions picturales et les céramiques
Joseon du XV
e
au XIX
e
siècle.
Af in de mettre en place ce programme, une collaboration scientif ique est envisagée
avec les instituts de recherche, les bibliothèques (BnF, BULAC, Collège de France)
et le Centre des archives diplomatiques. Cette recherche s’inscrit dans le cadre de
l’exposition « L’art secret du trompe-l’œil dans l’art pictural coréen des Joseon »,
qui se tiendra en septembre 2026 au musée Guimet pour l’« année Corée ».
À cette occasion, il est prévu de restaurer, puis de présenter, ces deux importantes
peintures af in déconstruire l’idée que la Corée des Joseon aurait été un « Royaume
ermite expression encore utilisée dans de nombreuses publications
Le projet de recherche
HikarIA
Pour éclairer notre perception du monde asiatique et celle que le monde asiatique
porte sur lOccident létude des fonds photographiques du musée Guimet
est à lheure du XXI
e
siècle un enjeu majeur Le projet de recherche HikarIA
a pour différents objectifs la préservation létude et la valorisation des
collections photographiques restauration reconditionnement numérisation
indexation des fonds mise en ligne des résultats sur une base de données
Portrait de Cho Man-Yong (1776-1846), dignitaire de haut rang
Corée. Dynastie Choson (1392-1910), encre et couleurs sur papier,
MA 6342. © musée Guimet/RMN-GP, Paris/ Jean-Yves
et Nicolas Dubois.