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Ainsi, le projet aura d’abord pour objet de mener une étude de l’évolution
muséographique en abordant globalement ces collections asiatiques. Ce faisant,
on s’interrogera sur la représentation de l’Asie que renvoie cette institution nationale
prestigieuse. L’autre volet consistera à étudier la seule période de formation du
musée et du salon en se centrant sur la collection d’objets japonais et de les
comparer avec la manière dont les cinq autres cours européennes (Grande-
Bretagne, Prusse, Pays-Bas, Russie et Portugal) ont reçu de semblables cadeaux
et les ont intégrés, ou non, au décor palatial ou bien les ont of ferts à un musée. Pour
les deux volets d’étude, le musée agit en tant que grand département patrimonial.
L’objectif principal de ce groupe de recherche sera donc d’étudier les œuvres,
quelles que soient leurs provenances et de les rendre à leur contexte d’origine, dans
la perspective et à la suite du travail déjà engagé par Estelle Bauer – en collaboration
avec Vincent Droguet et Vincent Cochet et une équipe de chercheurs japonais – et
qui portait sur les cadeaux diplomatiques of ferts par le Japon à la France.
Une première extension de cette étude pourrait être envisagée à l’échelle
européenne, en collaboration avec les conservateurs de musée et de collections
royales (Windsor, palais d’Ajuda à Lisbonne, etc.), af in de comparer les dif férences
de perception et de réception de ces cadeaux diplomatiques reçus par d’autres
cours européennes vers la même époque (années 1850–1864).
Une seconde extension de l’étude des collections japonaises pourrait également
porter sur les collections chinoises (siamoises, voire vietnamiennes) rassemblées
à Fontainebleau. Ce deuxième projet, piloté par Lia Wei (maître de conférences en
histoire et archéologie chinoises à l’Inalco) et Estelle Bauer, à l’Ifrae (Institut français
de recherche sur l’Asie de l’Est), rassemble dès à présent environ quinze des
meilleurs spécialistes francophones en histoire de l’art chinois, conservateurs de
musée (Lyce Jankowski, Pauline d’Abrigeon, Béatrice Quette, Claire Déléry, Michel
Maucuer), des universitaires et CNRS (Isabelle Charleux, Kunsam, Alice Bianchi,
etc.). À terme, une exposition d’envergure pourrait être consacrée à l’histoire des
présents diplomatiques entre l’Asie et la France, voire l’Europe.
Le musée comme
constitution des savoirs
Le musée est un pilier central dans la construction des savoirs. Dans une perspective
comparatiste interculturelle, il conviendra, dès lors, d’examiner la manière dont ces
savoirs se forment, souvent à partir de documents sortis de leur contexte d’origine
ou de contacts limités. Cela impliquera aussi de déconstruire ces discours par une
analyse réf lexive des pratiques et des mécanismes qui les façonnent, af in d’en
permettre l’indispensable critique. La méthodologie proposée suit, à cet égard, trois
pistes de recherche : la notion de la sacralité (sous le prisme asiatique et européen),
la mémoire étude des corpus écrits et iconographiques comme fondations des
cultures et véhicules de leur transmission la mise en scène réf lexion portée sur
la manière dexposer des objets de vénération religieuse ou mémorielle et la relation
entre pratiques religieuses et expressions artistiques
Cet angle détude aura donc pour objectif dengager et nourrir une réflexion
pluridisciplinaire et interculturelle sur ces questions avec lensemble des
conservations du musée et des collègues et partenaires asiatiques