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Entre texte et image : l’écrit
comme source contextuelle
Dans un contexte plus large, il a toujours existé une profonde interconnexion entre
l’image et le texte dans l’art asiatique. En ef fet, dans de nombreuses cultures d’Asie,
l’écrit n’est pas seulement un moyen de communication ; il est un art en soi, porteur
d’esthétique, de philosophie et de spiritualité. L’écriture y devient un langage
plastique, souvent indissociable de la peinture, de l’architecture, voire des objets
décoratifs. Ainsi, dans les peintures chinoises traditionnelles, l’écrit s’intègre
souvent à la composition visuelle. De même, on trouve fréquemment des poèmes
ou des maximes directement inscrits sur les rouleaux peints, comme un
prolongement ou une interprétation du paysage représenté. Dans l’art indien,
notamment dans le fonds du musée, des inscriptions et des pages calligraphiées
en persan f igurent au dos des miniatures indiennes, toutes écoles confondues.
Pour autant, celles-ci n’ont pas été suf f isamment étudiées et traduites jusqu’à
présent. C’est pourquoi le projet de recherche intitulé « Entre texte et image »
consistera à mieux appréhender la place de l’écrit dans les collections du musée
Guimet. Il s’attachera, plus particulièrement, à compléter la base de données des
collections d’art japonais du musée par la transcription et la traduction en français
des inscriptions f igurant sur les œuvres. Un soin spécif ique sera ainsi apporté aux
« textes connexes », par exemple les documents accompagnant les rouleaux
comme les certificats d’authenticité (kiwamegaki) qui permettent de les
documenter. Des collaborations avec divers spécialistes seront donc nécessaires.
Par ailleurs, dans les peintures bouddhiques, le texte révèle des informations
capitales pour indiquer le lieu où celles-ci devaient être présentées, et le nom des
donateurs. Cette fusion du texte et de l’image ref lète, ainsi, une pensée esthétique
où les frontières entre les disciplines sont f loues. Dès lors, l’écrit enrichit le sens
de l’œuvre, tout en apportant une dimension graphique supplémentaire.
Le corpus de cette étude consistera donc à étudier l’ensemble de miniatures
acquises par Émile Guimet en 1891 (MG 9110 à MG 9195) portant au verso
des fragments de textes en persan, non identif iés et non traduits (Inde), ainsi que
des peintures bouddhiques (aire himalayenne, Chine, Corée, Japon, Vietnam,
Cambodge, Birmanie, Laos) et du lapidaire (Cambodge, Vietnam).
De même, nombre de céramiques chinoises, japonaises et vietnamiennes
présentent un vaste corpus d’inscriptions participant du décor de ces œuvres :
inscriptions dédicatoires, poèmes, formules auspicieuses. Leur traduction
contribuera à préciser la nature de ces œuvres et à mieux les replacer dans le
contexte historique et intellectuel qui les a vu naître.
Rouleau de peinture représentant la légende de Saigyô Japon Epoque dEdo XVII
e
XVIII
e
siècle
papier MA 136502 © musée GuimetRMNGP Paris Raphaël Chipault Benjamin Soligny