Lumières de la ville moderne. Dans ce décor déserté, Hasui, le plus grand maître de la « nouvelle estampe » exhale la sobre tristesse qui le caractérise dans une page à la composition décentrée.

Des files ou rangées de fenêtres trouent la nuit où se fondent indistinctement la ville et le ciel, occasion pour le maître de la « nouvelle estampe » japonaise qui se développe au lendemain de l’ère Meiji, de mettre à l’œuvre ses fondus de bleus subtilement gradués jusqu’à la saturation totale au haut de la page. On estime qu’il ne fallut pas moins de 50 passages de couleurs pour atteindre cet effet. Une étoile scintillante y apporte une vibration supplémentaire. Le shin hanga reprend, dans la deuxième décennie du 20e siècle, à l’instigation de grands imprimeurs-entrepreneurs, la division du travail issue de l’estampe des époques antérieures : l’imprimeur suscite la commande ; l’artiste dessine et indique les couleurs au maître graveur qui transcrit en un jeu de plusieurs bois gravés l’œuvre originale ; le maître estampeur prépare les couleurs et procède à l’édition. Chaque estampe résultant d’une longue série de manipulations, est, en fait, singulière ; si l’artiste est satisfait, il appose son sceau – ici en rouge et noir en bas à droite –, tout comme l’imprimeur qui commercialise les tirages.

Hasui, formé à la peinture occidentale, est repéré par Shozaburo qui le soutiendra toute sa vie. Lors du dramatique tremblement de terre du Kanto (septembre 1923) – d’une magnitude de 7,9 – l’on déplore, selon les estimations, entre 142 000 et 400 000 morts et disparus ; un million neuf cents mille personnes se retrouvent sans abri. À Tokyo, Hasui perd sa maison, son atelier et toutes les œuvres entreposées chez Shozaburo. 

Mais Osaka est loin de l’épicentre du séisme. Proche de l’antique Kyoto, Osaka dans les années 1920, avec ses près de deux millions d’habitants, établie sur le rivage où grossissent toutes les agglomérations du Japon moderne, offre l’image de la continuité.

La mélancolie de ce panorama urbain d’Osaka, depuis le surplomb d’un temple, et l’apaisement de la nuit et sa solitude, évoquent par contrepoint la période. Le jeu sobre de gris et de bleu et la diagonale du pavement au rythme géométrique confèrent toute sa puissance à la composition.