La sépulture du général Huo Qubing

Photographies
1914
24 x 30 cm
Négatif monochrome souple
Photographie d'une épulture
Légende

 

Photo (C) MNAAG, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / image musée Guimet

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En 1914, Victor Segalen découvre en Chine un groupe sculpté, qu’il date d’avant l’ère chrétienne, représentant un « barbare » terrassé par un puissant cheval, figure de Huo Qubing, jeune général de cavalerie.

Victor Segalen, médecin de la Marine et écrivain, séjourne pour la première fois en Chine en 1909, en tant que stagiaire, après avoir réussi le concours d’élève-interprète. À cette occasion il fait, en compagnie d’un ami, un voyage de six mois à travers le pays. C’est dans ce contexte qu’il rédige Briques et Tuiles et jette les bases d’autres œuvres littéraires comme Équipée, Le Fils du Ciel et surtout Stèles, son recueil le plus fameux.

Il revient en Chine en 1914 pour conduire une mission archéologique officielle avec son compagnon de 1909, Augusto Gilbert de Voisins et l’officier de marine Jean Lartigue. Dans le cadre de cette grande diagonale, de Pékin à Kunming en passant par Xi’an et Chengdu, Segalen découvre, en mars 1914, un groupe sculpté représentant un cheval terrassant un barbare Xiongnu, population non chinoise confondue avec les Huns à cette époque. Situé au pied de la sépulture du général Huo Qubing, mort à 24 ans en 117 av. J.-C., Segalen le décrit en ces termes à son maître, Édouard Chavannes: « […] ce n’est pas un cheval qui est sculpté ici, mais contre toute attente, un groupe remarquablement réussi : un cheval, nu, piétinant un homme dont on voit la tête, énorme et hirsute, entre les pieds de devant ; dont les genoux se courbent sous le ventre de la bête, dont les orteils se crispent des deux côtés de la queue. La main gauche n’a pas lâché l’arc, qui dessine une cambrure double bien connue, l’arc mongol, la main droite tient une courte pique enfoncée dans le ventre de la bête. […] l’homme présente tous les caractères que les artistes chinois attribuent aux Huns : tête grosse, forte moustache, corps trapu… » Avec cette découverte, les datations les plus anciennes émises sur la sculpture chinoise – le début de l’ère chrétienne – sont distancées de deux cents ans.

Toutefois, en réalisant ce cliché, Segalen va bien plus loin qu’un travail de documentation archéologique et adopte une démarche artistique. Il projette ainsi dans les verticales et les diagonales de son cadrage toutes les tensions dues à la paralysie d’un adversaire terrassé. Quant au traitement monochromatique de la lumière, il fige la scène et transpose le tumulus de terre en pyramide de pierre.

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