Hayagriva, "Celui qui possède un cou de cheval"

Monde himalayen
Fin 15ème-début 16ème siècle
44,00 x 36,00 x 23,00 cm
Cuivre doré, attributs en bronze, traces de polychromie
Hayagriva et son épouse
_en_alert_title Œuvre exposée actuellement au Musée Guimet - Place d'Iéna

Tout à la fois dieu tutélaire (ishtadevata) et protecteur des enseignements (dharmapala) dans le bouddhisme tibétain, Hayagriva est une forme courroucée d’Avalokiteshvara, le bodhisattva compassionnel par excellence.

Représenté en union intime avec sa parèdre (dans la posture dite yab-yum, "père-mère" en tibétain), Hayagriva apparaît ici sous l’une de ses formes les plus secrètes et les plus complexes. Doté d’ailes, dont les extrémités ornées de pointes de vajra évoquent la fulgurance de son action protectrice, le dieu possède trois têtes, six bras et quatre jambes. Trait remarquable le concernant, une tête de cheval émerge de sa chevelure. C’est par la puissance de son hennissement qu’il ébranle les différentes sphères de la création pour en chasser les démons ; et c’est avec la rapidité du cheval au galop qu’il lave l’esprit de toute souillure. Comme de nombreuses déités à l’apparence farouche, Hayagriva accompagne le pratiquant dans sa quête d’accomplissement spirituel.

La plupart des attributs du couple divin a disparu, de même que le socle lotiforme sur lequel Hayagriva et son épouse prenaient place et piétinaient deux corps prostrés figurant les passions ou les démons qu’ils sont censés subjuguer. Malgré ces manques, l’œuvre est remarquable par ses dimensions et sa perfection technique et esthétique. Elle témoigne de l’influence exercée par la toreutique népalaise sur l’art tibétain aux 15ème-16ème siècles avec l’emploi du cuivre pur, ici fondu à cire perdue, l’incrustation de turquoises et autres pierres semi-précieuses au niveau des parures, ainsi que la dorure à l’amalgame remarquablement conservée sur cette œuvre. Le caractère monumental et quelque peu massif des corps, l’expression des visages empreints d’une intensité puissante, ainsi que les vestiges de polychromie révèlent, pour leur part, l’originalité de la statuaire tibétaine alors à son apogée.

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