Connu d’abord pour ses éventails et papiers décorés destinés à la calligraphie, Sōtatsu réalise ensuite de vastes décors pour les résidences aristocratiques et les monastères de Kyôto, la capitale impériale. Son œuvre renouvelle profondément la peinture de goût japonais (yamatoe), inspirée de la poésie et de la littérature classiques, qu’il enrichit d’influences empruntées à la peinture chinoise. Considéré comme la première grande figure du courant Rinpa qui perdurera jusqu’au début du 20ème siècle, il marque durablement l’histoire de la peinture japonaise.
Ce paravent déploie un riche arrangement de près d’une trentaine d’espèces florales traitées chacune avec une précision remarquable. Prêles des champs, crosses de fougère, roses trémières, œillets, iris, hortensias, coquelicots ou encore pissenlits composent un ensemble d’une variété inédite pour la peinture yamatoe du 17ème siècle. La finesse de leur représentation reflète le goût des commanditaires pour la botanique mais aussi l’influence récente d’ouvrages chinois illustrés de plantes et insectes.
La disposition du décor végétal évoque le passage du printemps à l’été à travers des gerbes florales librement agencées, mêlant espèces ornementales et sauvages. À l’origine, ce paravent formait une paire avec un second dédié au passage de l’automne et à l’hiver. Le thème du passage des saisons est fréquent au Japon depuis la période Heian (794 - fin 12ème siècle).
Cette composition se distingue également par son raffinement esthétique. Feuilles et pétales se détachent délicatement grâce à de fines nuances colorées jouant avec la transparence du fond d’or. Le peintre a recours à la technique du tarashikomi, caractéristique de l’art Rinpa, qui consiste à laisser fusionner les pigments sur le papier encore humide afin de créer des effets fondus et vibrants, notamment visibles dans les feuillages peints à l’indigo ou au vert végétal appliqué en lavis, parfois mêlé d’encre.
Le Paravent aux fleurs de printemps et d’été fait ainsi partie de l’ensemble remarquable de peintures et de calligraphies du courant Rinpa conservé au musée Guimet.