Les assauts de Mara

Chine bouddhique - Asie centrale
Epoque des Cinq Dynasties, première moitié du 10ème siècle
144,4 x 113 cm
Encre, or
les assauts de Mara
Légende

Photo (C) MNAAG, Paris, Dist. RMN-Grand Palais / image musée Guimet

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Une des scènes les plus emblématiques de la vie du Bouddha Shakyamuni est sans doute celle précédant son Éveil, où le dieu suprême du monde des désirs, Mara, tente de le dissuader puis de le vaincre.

Cette scène, représentée anciennement au Gandhara et en Asie centrale, est devenue une icône de l’art bouddhique en milieu theravadin, branche du Bouddhisme hinayana ou du Petit Véhicule.

Shakyamuni est assis sur un trône à gradins à facettes multicolores, le  "trône de diamant" vajrasana, sous un arbre formant dais. Il exécute le geste canonique de "la prise de la Terre à témoin" par lequel il invoque la déesse Terre, dédoublée ici au pied du trône en une figure féminine orante et un porteur d’offrandes afin qu’elle témoigne, face à Mara, de la multitude des bienfaits de Shakyamuni dans ses existences antérieures.

Mara apparaît figuré deux fois sur un char tiré par un éléphant blanc, bandant son triple arc ou dégainant son épée et deux fois debout, et retenu par des figures masculines et féminines, qui seraient ses enfants. Les démons de l’armée de Mara, ainsi que ses soldats chutant de leur char sont figurés vaincus, tête en bas, dans le quart inférieur gauche.

Plusieurs divinités à l’aspect parfois farouche ou hybride, à multiples bras et chevauchant des montures animales ou fantastiques, se singularisent au sein de l’armée de démons, relevant de l’ésotérisme ou de religions exogènes au bouddhisme mais assimilées comme protectrices : au-dessus du Bienheureux, un dieu terrible sur un fond de flammes, bleu à trois têtes et huit bras, pourrait être le roi de science Atavaka. Au-dessous, dans une niche blanche, une divinité à quatre bras tenant deux épées croisées et deux figures humaines par les cheveux, pourrait être Mahakala.

Parmi les divinités nimbées surplombant Shakyamuni, quatre guerriers en armure à écailles sont identifiables aux lokapala, ces rois-gardiens du bouddhisme dans les quatre directions de l’espace. D’autres divinités hindoues sont visibles : Indra avec le foudre ; Shiva Maheshvara au teint sombre, à trois têtes et quatre bras, monté sur le taureau Nandin et bandant son arc ; Kumara, archer de type indien à quatre bras et six têtes, chevauchant un paon ; Vishnu, sombre à trois têtes sur un aigle doré (Garuda) et soufflant dans une conque. Un personnage barbu, botté et coiffé d’une étoffe blanche, tenant une épée, évoquerait peut-être Mani ou Rostam, le héros perse identifié au dieu de la soie.

D’autres divinités relèveraient également de religions indigènes assimilées, tels le dieu en vol, barbu et couronné, tenant un plateau de feu évoquant un dieu du zoroastrisme, ou le personnage en simple pagne, barbu et chauve, tenant une corne d’abondance et une grappe de raisin, évoquant Silène, le précepteur de Dionysos.

Dans les bandes latérales, des images du Bouddha représenteraient certaines des scènes éminentes de sa vie ou bien des miracles qu’il a accomplis : en bas à gauche, la méditation du Bodhisattva sous l’arbre de l’Éveil, les miracles jumeaux de l’eau et du feu à Shravasti, l’apparition miraculeuse dans le ciel, la saisie de la lune et du soleil, la marche à la surface de l’eau, le franchissement de montagnes, jusqu’à, en haut à droite, le parinirvana.

Dans la bande inférieure, plutôt que les habituels donateurs, se trouvent les sept trésors d’un souverain chakravartin de la cosmogonie indienne, entre lesquels s’insèrent des inscriptions en ouïgour non encore élucidées.

Cette peinture d’une exceptionnelle richesse pourrait ainsi figurer Shakyamuni vainqueur de Mara, mais aussi maître de l’Univers, paré d’or et muni des sept trésors. En revendiquant l’universalisme du bouddhisme, elle évoque en quelques figures le cosmopolitisme des cultures du monde alors connu dans l’oasis de Dunhuang aux confins de l’Asie centrale.

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