Un magnifique chaekgeori coréen du début 20e siècle entre dans les collections de Guimet

Le musée Guimet a fait l’acquisition d’une peinture en six panneaux verticaux montés en paravent, s’inscrivant dans les réalisations des chaekgeori (peintures de livres et objets) de la fin de l’Empire Joseon.

Développée dès la fin du 18e siècle sous l’impulsion du roi Jeongjo (r. 1776-1900) pour représenter en trompe-l’œil les objets de savoir et de luxe de la bibliothèque royale, cette mode trouve racine dans l’art de traiter le sujet en perspective, diffusé à la cour des Qing à Pékin et dans les églises de la capitale impériale par les artistes européens. Rapidement, ce nouvel art « du livre et des objets », se diffuse dans les palais, les demeures aristocratiques et les foyers provinciaux, destinés à l’élévation de l’esprit et à l’éducation. Livres, porcelaines, bronzes archaïsants, instruments d’écriture ou objets venus de Chine, du Japon ou d’Occident s’y accumulent dans un jeu d’illusions optiques savamment maîtrisé. Loin des vanités européennes, ces bibliothèques peintes ne renvoient pas à des collections réelles, mais à un cabinet des désirs, à ce que l’on aspire à posséder un jour.

Cette peinture marouflée sur papier est montée sur panneaux de bois réhaussés d’or. Sur chaque panneau de cette bibliothèque imaginaire en trompe-l’œil, les objets peuvent être divisés en trois catégories : trésors destinés à l’élévation intellectuelle de son propriétaire, trésors de la matière, trésors exotiques issus de commerces lointains.

L’artiste a habilement joué sur la profondeur des étagères pour donner la sensation que le linge de maison, noué et retenu par un éventail d’un côté, un miroir en bronze de l’autre, semble pendre à l’extérieur de cette bibliothèque de trésors. Cet effet de trompe-l’œil est accentué par deux tiroirs représentés de face (tandis que les étagères elles sont en biais) sur chacun des panneaux. Les objets sur les étagères s’inscrivent clairement dans la Corée de la seconde moitié du 19ᵉ siècle, période durant laquelle des produits exotiques d’importation lointaine viennent s’ajouter aux pièces traditionnellement venues de Chine. La frise peinte à motif de grecques, de même que les décors dorés imitant des boiseries ajourées, sont caractéristiques des paravents circulants entre la Chine, le Vietnam et la Corée à cette époque.

Les panneaux peints ont été remontés -dans un ordre qui ne semble plus correspondre à leur agencement d’origine- sur un paravent de style orientalisant réalisé très probablement en France au début du 20ᵉ siècle. Divisée en deux registres, la structure présente des sommets contournés dont le profil chantourné, d’inspiration rocaille, renvoie à un vocabulaire néo-Louis XV. Afin de créer une continuité visuelle et de renforcer l’illusion d’un ensemble homogène, un nouveau registre supérieur, composé de tiroirs peints, a été ajouté pour adapter les œuvres au châssis. La dorure, d’un style décoratif proche des paravents japonisants de la fin du 19ᵉ siècle ou de la Belle Époque, confirme une fabrication européenne. Enfin, les charnières discrètes et l’assemblage des panneaux se rapprochent de ceux des ateliers parisiens.

Par sa forme et son décor, ce paravent -vraisemblablement destiné à être divisé en deux éléments- s’inscrit parfaitement dans l’esthétique des salons d’inspiration asiatique prisés par les intérieurs nobles et bourgeois en France à la charnière des 19ᵉ et 20ᵉ siècles.

 

Acquisition faite en décembre 2025.