Le bouddhisme insiste sur le caractère protecteur de cet être de compassion, un bodhisattva, perçu comme le sauveur de l’humanité souffrante et par qui la guérison de tous les maux, tant physiques que spirituels, peut advenir. Appelé en sanskrit Avalokiteshvara, il apparait dans les inscriptions de l’empire khmer sous l’appellation de Lokeshvara, « le Seigneur des mondes »

Connu dès les débuts de l’art khmer, c’est toutefois à l’époque du roi bouddhiste Jayavarman VII (r. 1182/3 – vers 1220), grand constructeur, que le culte de Lokeshvara a connu sa plus grande faveur. Aux côtés de l’incarnation de l’idée de Sagesse – Prajnaparamita – et du Bouddha lui-même, le bodhisattva apparaît souvent au sein de triades sculptées.

L’art du règne de Jayavarman VII, le fondateur à Angkor du célèbre temple du Bayon avec ses impressionnantes tours à visages, a tout particulièrement retenu cette forme surhumaine de Lokeshvara caractérisée par une anatomie complexe et fantastique. L’image de « Lokeshvara irradiant » est en propre une invention de l’ancien Cambodge qui ne doit ici rien à l’Inde.  Elle se caractérise par huit bras et une peau dont tous les pores exhalent des Bouddhas qui vont transmettre les bienfaits du bouddhisme à l’ensemble de la création. Cet effet de cotte de mailles irradiante symbolise l’universalité de la compassion bouddhique, dans toutes les directions de l’espace et dans tous les mondes. Torse, bras et même chevelure sont entièrement recouverts d’une myriade de petites images de Bouddhas en méditation, suggérant ainsi l’intense rayonnement compassionnel de ce bodhisattva et son caractère cosmique.

La statue a été découverte en 1873 par Louis Delaporte dans le temple du Preah Thkol, un monument annexe du grand sanctuaire provincial de Bakan, à 100 km à l’est d’Angkor, dans la province de Preah Vihar, frontalière de la Thaïlande. Bien que mutilée – l’œuvre a perdu avant-bras et pieds –, elle présente l’intense expression de spiritualité si souvent observée dans les visages des œuvres du style du Bayon. Masqué sous son enveloppe de minuscules Bouddhas, le torse apparait svelte et élégant cependant que les jambes ont une certaine robustesse, selon une convention esthétique propre aux sculptures du règne de Jayavarman VII.