Trois statues de lohan conservées dans les réserves du musée viennent d’être restaurées en vue de l’exposition Bouddha, La légende dorée. Leur restauration a permis des découvertes majeures sur l’histoire de ces œuvres qui ont rejoint le MNAAG en 1945 avec l’ensemble de la collection Grandidier du Louvre.

Elles représentent trois disciples du Bouddha historique. Au dos de chacune se trouve une cache à reliques portant une inscription précisant la date de leur création : la « 55e année du règne de Qianlong », ce qui équivaut à l’année 1790. Leur grande qualité et leurs inscriptions permettent de penser qu’il s’agit d’une commande impériale.

Très lourdes et assises sur des caisses en bois recouvertes d’un délicat tissu bleu nuit, ces œuvres étaient rarement déplacées en réserve. Lors de l’aller-voir préalable à la restauration, les restauratrices ont été intriguées par la présence de bandes claires zébrant le corps des œuvres. Une inspection de l’intérieur de la statue G 4535 a permis d’en savoir un peu plus. Une lampe glissée par l’ouverture de la cache à reliques a en effet mis en lumière des bandes de gaze plâtrées, signe d’une restauration. À l’’extérieur, les bandes claires s’avèrent être des zones de cassures maquillées dont les repeints ont vieilli.

Une grande étiquette collée à l’intérieur des statues a été découverte ; elle nous renseigne sur l’identité du restaurateur. On peut y lire : « Eugène Corplet, Artiste peintre et sculpteur, Réparation d’objets d’art, 25 rue de la Victoire ». Une mention manuscrite précise la date de l’intervention : « 1898 ». Ces trois statues sont donc sans doute arrivées brisées à Paris où elles ont été réparées. L’inventaire et les documents administratifs liés à ces œuvres indiquent qu’elles ont été envoyées de Chine en France par Mgr Alphonse Favier (1837-1905), prêtre lazariste alors évêque coadjuteur de Pékin.

Ces chefs-d’œuvre de l’époque de l’empereur de Chine Qianlong (1736-1795) pourront bientôt être admirés au MNAAG. On ne manquera pas d’être saisi par l’intensité du regard de l’un, la quiétude de la méditation de l’autre, et de s’attarder sur le délicat décor de leur robe dont les couleurs reflètent le savoir des ateliers de Jingdezhen.

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Trois arhat (ch. lohan), Chine, Jiangxi, fours de Jingdezhen
Dynastie Qing, 55e année du règne de l’empereur Qianlong, 1790
Porcelaine, émaux polychromes (famille rose), dorure, H. 90 ; L. 56 ; P. 46 cm, H. 90 ; L. 47 ; P. 34 cm, H. 89 ; L. 57 ; P. 41 cm
Don du père Alphonse Favier à la collection Ernest Grandidier du Louvre (1898) G 4533, G 4534 et G 4535
© MNAAG, Paris, Dist. RMN-Grand Palais /
Thierry Ollivier