Lumière de soie

Soieries tissées d’or de la collection Riboud (27 octobre 2004 – 7 février 2005)
 

L’exposition est organisée par le musée national des arts asiatiques Guimet avec le soutien de Crédit Agricole S.A. et la Fondation Electricité de France. En partenariat média avec International Herald Tribune, Planète, Zurban, Métro et RFI.


Grâce au très important legs consenti par Krishnā Riboud en 2003 de la collection constituée au sein de l’Association pour l’Etude et la Documentation des Textiles d’Asie (A.E.D.T.A.), le musée Guimet devient l’un des plus riches au monde en ce domaine. Afin de célébrer cet événement et rendre hommage à cette grande dame, une exposition consacrée aux textiles d’Asie est organisée pour la première fois au musée. « En Asie, les textiles sont essentiels à notre connaissance des anciennes civilisations et à celle de leur impact sur le reste du monde. Les textiles ont défini la culture chinoise aussi bien qu’indienne. Biens commerciaux, ils ont transporté les sentiments d’un peuple vers un autre. Ce transfert de technologie et de motifs est lié à d’autres, concernant la religion, la littérature, l’art, l’économie et la société. Nous avons besoin de savoir comment ces textiles étaient faits, comment on s’en servait et quel était leur signification. » Krishnā Riboud

L’exposition présente des objets prestigieux, reflétant deux grands aspects de la collection : l’accent mis sur l’histoire et l’analyse des techniques et la diversité géographique à travers le continent asiatique (Inde, Chine, Japon et monde indonésien). Le cœur du sujet est ce qu’on appelle communément, mais improprement, « brocart ». Les objets rassemblés ont ainsi pour point commun de réunir deux matériaux d’exception : l’or et la soie, unis par le tissage, dévoilant dans le même temps les importantes variations possibles de la technique (samit, lampas, ikat…)

« Une des choses que j’espère à l’aide de cette collection, c’est que les gens ne se contenteront pas de regarder ces pièces pour le simple plaisir des yeux, ce qui est important, mais commenceront à penser aux personnes qui les ont fabriquées. Les tissus sont des objets très intimes et on y met beaucoup de soi en les créant. C’est également vrai pour n’importe quel textile traditionnel fait de nos jours et c’est un des aspects que je souhaite mettre en valeur. » Krishnā Riboud

Il s’agit également de replacer l’art du textile au sein des autres arts de l’Asie et de présenter les thèmes et motifs communs qui se dégagent de ces différentes manifestations artistiques. Pour ce faire, un certain nombre de pièces aux motifs analogues à ceux présents sur les textiles sont extraits des réserves du musée Guimet et montrent pour certains comment ces étoffes étaient portées : miniatures indiennes, estampes japonaises, céramiques, pièces d’orfèvrerie, sculptures, etc.

« Objet de mon émerveillement, et cela depuis quarante ans, les étoffes anciennes d’Asie constituent pour moi une source inépuisable de connaissances sur les mœurs et le savoir-faire artistique des pays éloignés de l’Occident. Cet intérêt grandissant m’a amenée à constituer, au cours des années, une collection de textiles provenant principalement de l’Inde, de la Chine, du Japon et de l’Indonésie. Cet ensemble de plus de trois mille spécimens forme un noyau d’études tant pour l’histoire, que pour les techniques des textiles d’Asie. Non seulement l’ornementation de ces tissus atteste la permanence de certains motifs décoratifs, mais leur utilisation nous révèle une certaine pérennité des gestes symboliques et héréditaires qui les entourent. » Krishnā Riboud

Trois grands sujets sont retenus : la production des soieries tissées d’or, les costumes et les étoffes rituelles. Le tissage étant le « fil directeur » de l’exposition, l’histoire du « brocart » à travers l’Asie est présentée. La soie est originaire de Chine, et ses origines se perdent dans la légende. C’est grâce à la Route de la Soie qu’elle se diffusera dans le reste du monde. La collection contient un nombre important de textiles chinois particulièrement rares et précieux, remontant pour certains au Xe siècle, et qui ont profondément influencé, par la suite, la production japonaise.

« Je pense que les études techniques sont d’une importance capitale car c’est là qu’on commence à penser à la personne qui a fait cela et aux moyens qu’elle a employée. (…) On pense à la personne qui a passé du temps à développer son art et son habileté, en se fondant sur de vastes connaissances tout en y apportant à chaque fois quelque chose de nouveau. Sans étude technique, on reste un simple esthète. Alors on se contente d’être un collectionneur, et non un propagateur d’informations. » Krishnā Riboud

A côté de la Chine, l’Inde est l’autre grand foyer de développement du textile. Malheureusement, le climat chaud et humide n’y a pas permis la conservation de textiles aussi anciens. L’exposition est néanmoins l’occasion de montrer des trésors de la production du « brocart » à l’époque moghole. Pénétrant le sud-est asiatique par les voies commerciales, la culture indienne a également apporté au monde indonésien des étoffes précieuses. D’abord importées en échange des épices, les étoffes seront ensuite produites sur place, au prix d’adaptation à la demande locale.

« Les tissus provenant de l’Inde, de la Chine, du Japon et de l’Indonésie ont été réunis au cours des ans et acquis pour faire connaître de nouvelles dimensions dans l’art du tissage, pour révéler la prodigieuse motivation et le sublime raffinement que possédaient jadis leurs auteurs. » Krishnā Riboud

Lorsque les soieries tissées d’or sont évoquées, il s’agit évidemment des étoffes précieuses et coûteuses réservées aux classes les plus aisées mais encore à certaines occasions. La seconde partie de l’exposition est par conséquent consacrée à un long défilé de costumes, invitation au rêve et à la contemplation.

La Route de la Soie n’a pas seulement permis à la Chine d’exporter la sériciculture, mais a aussi permis à l’Inde de diffuser dans l’autre sens ses deux grandes religions : l’hindouisme et le bouddhisme. Bannières, revêtements d’autel, couvertures de sūtra et bien entendu le kesa - châle porté par les moines bouddhiques - révèlent une forte production de textiles liturgiques en soie. Si le bouddhisme est plus présent que l’hindouisme, on verra cependant des tentures de cérémonie ornées de mantra, ou encore des saris destinés aux devadāsī, danseuses sacrées des temples.

« Quand, au fil des années, lors de nombreux voyages et séjours lointains, revient et s’impose sans cesse la même idée, correspondant constamment à un même et seul besoin, cela peut sans doute s’appeler un acte de collection. Elle exprime l’absolu d’une nécessité, elle implique un engagement personnel. » Krishnā Riboud.

L’exposition se prolonge par un accrochage de photographies anciennes :L’exposition Lumières de soie est également l’occasion de mieux faire connaître les richesses des fonds photographiques anciens du musée Guimet. Les photographies exposées ont été choisies en fonction de leur intérêt documentaire pour la compréhension des techniques textiles ou bien pour montrer les costumes « en situation », c’est-à-dire en faisant apparaître des figures humaines. Si quelques unes de ces photos s’insèreront dans le parcours de l’exposition, la plupart seront présentées à la sortie pour constituer une sorte de « galerie de portraits ».

Lumières de soie dévoile tous les secrets de fabrication dans la galerie pédagogique : L’exposition Lumières de Soie consacre son premier espace à la fabrication de la soie grâce à une galerie qui allie pédagogie et plaisir des yeux. Depuis le dévidage des cocons jusqu’au tissage, divers objets évoquent ce lent et patient travail. Des cocons, des écheveaux, des navettes, etc donnent une matérialité au procédé tandis que des gravures et des peintures évoquent les gestes quotidiens des soyeux. Une vidéo de quelques minutes montre comment la soie est tissée aujourd’hui encore selon des méthodes traditionnelles. Enfin, pour que le visiteur assimile complètement le processus, des soieries sont à sa disposition afin qu’il puisse sentir les différences de textures selon les techniques de tissage. Et surtout prendre plaisir à toucher, chose si rarement permise au musée…Il peut ensuite poursuivre son parcours parmi les somptueuses étoffes de la donation Krishnā Riboud et apprécier au mieux leur beauté et la prouesse technique qu’elles constituent.