Chefs-d’œuvre du musée Ota de Tokyo

Peintures et estampes japonaises
 

L’exposition est organisée par le musée des arts asiatiques Guimet, le musée mémorial d’Ota, la NHK et la NHK promotions . Avec le soutien de Crédit Agricole S.A.

Pour voir le communiqué de presse sur le succès de l’exposition, cliquez ici.

Introduction

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Nishikawa Sukenobu (1671-1750) La pendule 85,3 x 33,1 cm cat.8 © Ota memorial museum

Pour cette exposition d’été, les estampes proviennent d’un musée privé japonais – le musée Ota de Tokyo - qui a choisi le musée Guimet comme lieu unique de présentation. En prêtant pour la première fois, une partie de son fonds d’estampes japonaises au musée Guimet, le musée Ota –The Ota Memorial museum of art – crée l’événement cette année à l’occasion de son 25 ème anniversaire. Environ 150 œuvres - en majorité des XVIII ème et XIX ème siècles- seront exposées pour six semaines seulement, en raison de leur fragilité et de leur extrême sensibilité à la lumière. Outre 81 estampes, figureront une cinquantaine d’oeuvres peintes sur rouleaux, des peintures sur éventail, ou encore quelques livres illustrés imprimés. Ces peintures ou gravures jamais sorties de leur pays d’origine, offriront un voyage unique autour des grands maîtres d’excellence picturale parmi lesquels il convient de citer : Hishikawa Moronobu, Suzuki Harunobu, Kitagawa Utamaro, Tôshûsai Sharaku, Katsushika Hokusaï, ou encore Utagawa Hiroshige … Toute la peinture de mœurs et les scènes de genre de la ville contemporaine sont évoquées et reliées à l’ancienne capitale Edo, dans ses représentations souvent paysagères et bien évidemment urbaines.

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2- Nishikawa Sukenobu (1671-1750) Marche dans la neige 85,3 x 33,1 cm cat.8 © Ota memorial museum
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25-Kitagawa Utamaro (vers 1753-1806) Concours de séduction de cinq beautés : Hiranoya de Yatsuyama 38,4 x 25,3 cm cat.85 © Ota memorial museum

L’ukiyo-e

Il existe deux types d’ukiyo-e : des peintures à exemplaire unique (appelées nikuhitsu ukiyo-e), exécutées au pinceau par l’artiste, directement sur un support en papier ou en soie, et des estampes qui reproduisent en plusieurs exemplaires, selon la technique de la gravure sur bois, le dessin réalisé par un peintre. Les peintures sont exécutées sur rouleau horizontal, paravent, éventail et, plus couramment encore, sur rouleau vertical. Les estampes se présentent sous la forme de feuilles séparées ou de plusieurs feuilles réunies en album et brochées à la manière d’un livre. Lorsqu’on parle d’ukiyo-e au sens étroit, on fait généralement référence aux estampes à feuille unique.

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16- Torii Kiyonobu II ( ?-1752) L’acteur Ichimura Kamezô I dans le rôle de Soga no Gorô Tokimune 39 x 17,5 cm cat.52 © Ota memorial museum

Le terme ukiyo désignait à l’origine ce « bas monde de misères et de souffrances », comme le suggèrent les deux caractères chinois utilisés pour l’écrire : « affliction » (uki) et « monde » (yo). Puis, à partir du XVIIe siècle (début de l’époque d’Edo), lorsque le Japon, après une longue période de guerres intestines, entra dans une ère de paix, ce mot prit le sens de jouir des plaisirs de la vie dans ce « monde éphémère », et c’est pourquoi on le trouve alors écrit avec d’autres caractères chinois qui signifient « flottant », « léger » ou « éphémère » (uki) et « monde » (yo). Il prit aussi la connotation d’« actuel » ou de « contemporain ». Le terme ukiyo-e désigne donc les « peintures » (e) qui représentent avec légèreté les mœurs et les plaisirs contemporains du monde dans lequel vivaient les gens de l’époque d’Edo.

Ces œuvres furent d’abord réalisées sous forme de peintures par des artistes issus de la classe des marchands et des artisans (chônin), puis elles furent diffusées plus largement grâce à la reproduction xylographique, de pair avec le développement de l’imprimerie à partir du milieu du XVIIe siècle, et c’est ainsi qu’elles purent être appréciées par une grande partie de la population.

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37B-Utagawa Hiroshige (1797-1858) Soixante-neuf relais du Kiso Kaidô : Seba 32ème vue 25,2 x 37,3 c cat.126 © Ota memorial museum
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36- Utagawa Kuniyoshi (1797-1861) Trente-six vues du Mont Fuji depuis la capitale de l’Est : Vue de sous le pont Shin-ôhashi 25,2 x 37,6 cm cat.115 © Ota memorial museum

Techniques

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9- Kitagawa Utamaro ( vers 1753-1806) Beauté lisant une lettre 84,3 x 29,3 cm cat.29 © Ota memorial museum

De multiples couleurs étaient employées ainsi que l’ utilisation d’un papier épais de grande qualité à base d’écorce de mûrier. Suzuki Harunobu, artiste à la mode, réalisa des portraits de beautés féminines d’une grande pureté en utilisant cette technique et en imposant un nouveau style. A l’opposé, les estampes de portraits d’acteurs de kabuki aux visages expressifs, parfois caricaturaux, dues à Sharaku sont à souligner pour leur audace et leur rareté. Au XIX ème siècle les deux grands maîtres Utagawa Hiroshige et Katsushika Hokusaï se spécialisèrent dans l’art du paysage, empreint d’un charme évocateur pour le premier et d’une inspiration plus dynamique pour le dernier.

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38-Utagawa Hiroshige (1797-1858) Cent vues de sites célèbres d’Edo : Pruneraie à Kameido 36,7 x 26,2 cm cat. 128 © Ota memorial museum
Illustration 8
7- Torii Kiyonaga (1752-1815) Contempler la pleine lune à Massaki 42 x 67 cm cat.25 © Ota memorial museum

Les peintures ukiyo-e

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12 A- Katsushika Hokusai (1760-1849) Scène du Genji Monogatari 84,5 x 36,5 cm cat.38 © Ota memorial museum

Les peintures ukiyo-e (appelées nikuhitsu ukiyo-e en japonais) sont des œuvres à exemplaire unique, exécutées au pinceau par l’artiste, directement sur un support en papier ou en soie. Ces œuvres permettent d’apprécier pleinement le talent de l’artiste, dans le tracé des lignes et l’arrangement des couleurs, bien mieux encore que les estampes pour lesquelles le peintre ne réalise que le dessin préparatoire.La plupart des artistes de l’école ukiyo-e produisirent de telles peintures, parallèlement à l’exécution de dessins destinés à la gravure. Cependant, certains artistes, comme Kaigetsudô Ando ou Miyagawa Chôshun, ne travaillèrent pas pour l’estampe, mais firent uniquement des peintures originales. D’autres, comme Isoda Koryûsai ou Kuwagata Keisai, commencèrent par produire des dessins pour la gravure, puis, dans la seconde partie de leur carrière, se spécialisèrent dans la peinture. Certains artistes, enfin, adoptèrent la gravure pour un genre particulier et la peinture pour un autre, comme Katsukawa Shunshô qui fut l’auteur de portraits d’acteurs gravés et de portraits de beautés sous forme de peintures. Ainsi est-il particulièrement intéressant d’observer les différences, chez un même artiste, entre sa production destinée à l’estampe et ses peintures originales.

 

Les estampes ukiyo-e

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6- Kitao Shigemasa (1739-1820) Parodie du bodhisattva Fugen 108 x 31,5 cm cat.24 © Ota memorial museum

Les estampes ukiyo-e sont des œuvres imprimées selon la technique de la gravure sur bois. Elles sont généralement composées d’une seule feuille (ichimai-zuri). La réalisation d’une estampe ukiyo-e nécessite l’intervention de plusieurs corps de métier : le peintre (eshi), qui réalise le dessin préparatoire, le graveur (horishi), qui reporte ce dessin sur une planche de bois et l’imprimeur (surishi), qui exécute l’œuvre finale selon les indications de l’artiste pour l’application des couleurs. Par conséquent, le peintre n’intervient généralement que dans la réalisation du dessin, mais il ne grave pas l’œuvre lui-même, ni ne participe à son impression. Les premières estampes ukiyo-e, à la fin du XVIIe siècle, étaient imprimées en noir et parfois rehaussées de couleurs à la main, mais avec l’amélioration des techniques d’impression, il fut bientôt possible de réaliser des gravures imprimées à l’aide de deux ou trois couleurs, qui furent appelées benizuri-e, allusion à la teinte pourpre (beni) qui domine dans ce type d’œuvres. Puis, vers 1765, apparurent les premières estampes imprimées à l’aide de plus de trois couleurs, auxquelles on donna le nom d’« image de brocart » (nishiki-e), en référence aux motifs chatoyants des tissus brochés. Cette nouvelle technique de la chromoxylogravure permit à l’estampe ukiyo-e un remarquable développement artistique, dont témoignent les œuvres des grands maîtres que furent Sharaku, Hokusai ou Hiroshige

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32- Katshushika Hokusai (1760-1849) Tournée des cascades des diverses provinces : la Cascade de Yoshino dans la province de Yamato, ou Yoshitsune lava son cheval 38,5 x 26 cm cat.104 © Ota memorial museum
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39-Utagawa Hiroshige (1797-1858) Cent vues célèbres d’Edo : averse soudaine sur le pont de Ôhashi 36,7 x 25 cm cat.129 © Ota memorial museum

Les albums xylographiques

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30- Kabukidô Enkyô (1749-1803) L’acteur Ichikawa Yaozô III 36,5 x 26,6 cm cat.98 © Ota memorial museum

Les albums xylographiques sont des recueils de gravures, imprimés selon la même technique que les estampes ukiyo-e. Leur histoire est néanmoins plus ancienne que les estampes en feuilles séparées elles-mêmes, puisqu’on en trouve les premiers exemples dès le début du XVIIe siècle. C’est cependant vers la fin de ce siècle, lorsqu’apparut la gravure à feuille unique, que commencèrent à être publiés des ouvrages xylographiques composés majoritairement d’illustrations, auxquels on donna le nom de ehon ou « livre d’images ». Ces albums connurent une évolution technique comparable à celle des estampes et furent publiés en grand nombre par les peintres de l’école ukiyo-e. Les amateurs rivalisèrent entre eux pour soutenir, à grand frais, la publication de ce genre de recueils qui avaient parfois un caractère privé. C’est pourquoi on trouve dans ce domaine de nombreux ouvrages d’un grand raffinement technique et d’une haute valeur artistique, qui dépassent souvent la qualité des estampes à feuille unique, produites en grande quantité et à bon marché.

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12 B - Katsushika Hokusai (1760-1849) Trois beautés
 c) rouleau de droite Chacun 93 x 24,9 cm cat.37 © Ota memorial museum

Les éventails peints

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29- Tôshûsai Sharaku (Actif etre 1794 et 1795) Les acteurs Nakajima Wadaemon et Nakamura Konozô dans les roles de Bôdara Chôzaemon et de Gon 36,8 x 24,7 cm cat.95 © Ota memorial museum

La plupart des peintures ukiyo-e furent réalisées sur des rouleaux verticaux ou horizontaux, voire sur des paravents, mais certaines eurent pour support des éventails pliants (ôgi). L’éventail n’avait en effet pas seulement une fonction pratique, il était aussi un véritable accessoire et faisait l’objet de cadeaux. Parmi les éventails peints, certains furent décorés rapidement et de manière sommaire, en une occasion particulière, mais d’autres pièces, comme celles exposées ici, présentent des couleurs appliquées très soigneusement. Ces œuvres étaient probablement à l’origine des cadeaux, ce qui explique qu’elles furent précieusement conservées. Les éventails sont, de par leur usage même, des objets fragiles, aussi des pièces dans un tel état de conservation, qui possèdent leur monture d’origine, sont-elles particulièrement rares et précieuses.

 

Fin de l’époque d’Edo

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15- Kobayashi Kiyochika (1847-1915) Le pont de Ryôgoku dans Tôkyô la civilisée 114,3 x 36,2 cm cat.50 © Ota memorial museum

Le premier tiers du XIXe siècle (ères Bunka-Bunsei) correspond à l’apogée de la culture de la classe de marchands à Edo. L’ère Tenpô (1830-1844), avec l’arrivée des premiers navires étrangers qui réclament l’ouverture du pays, est une période de trouble qui, au point de vue culturel, est marquée par une forme de décadence. Entre la fin de l’époque d’Edo et la période de Meiji, le monde de l’ukiyo-e connut une période de profonds changements, de pair avec les transformations de la société japonaise et l’afflux de nouveaux éléments culturels. Après la restauration de Meiji de 1868 en particulier, alors que le pays était engagé dans un mouvement de modernisation et d’ouverture à l’Occident, l’ukiyo-e fut privilégiée pour sa dimension informative et trouva une nouvelle fonction dans l’illustration des journaux. Cependant, avec l’utilisation de nouvelles techniques de gravure, comme l’eau-forte ou la lithogravure, puis la diffusion de la photographie, l’ukiyo-e perdit progressivement de son importance. Dans ce contexte, l’ukiyo-e traditionnelle fut pour ainsi dire abandonnée, mais grâce à certains éditeurs d’estampes, comme Watanabe Shôzaburô, on assista à partir des années 1910 à un mouvement de renouveau de la gravure sur bois (shin-hanga). De nos jours, cependant, seule l’école Torii, dont les descendants continuent de réaliser des affiches pour le théâtre Kabuki, peut se targuer de poursuivre la tradition héritée des maîtres de l’ukiyo-e d’autrefois.