« Confucius, à l’aube de l’humanisme chinois »

29 octobre 2003 – 29 février 2004
 

exposition réalisée par le musée national des Arts asiatiques – Guimet et la Réunion des musées nationaux dans le cadre des Années croisées France-Chine

commissaires de l’exposition : Jean-Paul Desroches et Catherine Delacour

Le personnage

Sage et philosophe, les hasards de l’histoire font naître Confucius en un siècle (VI-Ve s. av. notre ère) qui fut aussi celui de Laozi (570-490 ?), le père du taoïsme, et celui du Bouddha (536-480 ? ). A cette époque, la Chine est en proie à de profonds bouleversements qui s’accompagnent de graves conflits entre états dont l’issue est presque toujours la guerre et son cortège de malheurs. Nourrissant certaines ambitions politiques, à plusieurs reprises au cours de sa vie il tentera de convaincre ceux qui gouvernent de réformer leurs mœurs en restaurant et adoptant les règles et usages de l’Antiquité, mais sans y parvenir. En dépit de ces échecs sa foi en la perfectibilité de l’homme reste inébranlée et il se consacre à l’enseignement. Selon Anne Cheng, « L’école confucéenne dut débuter comme un petit groupe d’amis qui débattent ensemble des questions du temps, la plupart d’entre eux étant activement engagés dans la vie publique de leurs pays. »

Une fois le Maître disparu ses disciples ont cherché à perpétuer sa pensée en fondant des écoles et formant des élèves. Ils ont peu à peu rassemblé et mis par écrit la teneur des dialogues passés et les ont enrichis. Quatre cent quatre-vingt-dix-neuf sentences réunies en vingt chapitres avec pour titre les « Entretiens », en chinois, Lunyu, témoignent de ce travail de mémoire. De son côté la famille a contribué à fixer la tradition en gardant pieusement les vêtements officiels, le bonnet de cérémonie, le luth et le char du défunt dans la salle où jadis il enseignait, convertie désormais en temple funéraire

Le parcours de l’exposition

Un groupe de sept vases rituels d’époque Shang, appartenant à un même clan, évoquent dans la première salle le contexte historique auquel se réfère Confucius dont la famille, d’origine noble, remonte aux Shang. Une série de bronze datés ensuite de l’époque Zhou - les plus tardifs sont contemporains du Maître - illustre le déclin du sens religieux au profit d’un art purement ostentatoire. Ils sont le fidèle reflet du déclin du pouvoir central Zhou au profit d’États princiers qui rivalisent entre eux tant par la guerre que par le luxe, de ce déclin précisément contre lequel tente de s’insurger Confucius.

Les trois salles suivantes illustrant, la vie, l’œuvre et le premier impact qu’eut la doctrine du Maître sur la société chinoise lors de son élévation au rang de doctrine officielle de l’Etat sous les Han. Plusieurs des objets présentés ici proviennent du Shandong, la province natale de Confucius. On notera en particulier un double carillon de cloches et pierres sonores, symbolisant l’art musical, l’une des six disciplines que doit savoir maîtriser un gentilhomme, ainsi que les fragments de pierre sur lesquelles furent gravés les textes confucéens à la fin du IIe siècle. Viennent ensuite deux salles consacrées aux lettrés-fonctionnaires qui sont recrutés non sur privilège mais par examen, conformément à l’esprit confucéen qui accorde plus de prix à l’homme de savoir qu’à l’homme bien né. Ce régime qui se renforce à partir de l’époque Tang encourage la création d’un art officiel caractérisé par des portraits ancestraux, des robes de mandarins, des insignes et des ornements. Nombre de ces reliques proviennent de la Résidence des descendants de Confucius.

Bien que le Maître soit toujours resté très réservé à l’égard du divin, il sera pourtant révéré à l’égal d’un saint et son culte connaîtra un véritable rayonnement. Le phénomène qui débute à l’époque Ming se traduit par l’apparition de nombreux portraits, par les innombrables remaniements et les somptueux enrichissements dont fait l’objet le temple du Maître à Qufu. Dix bronzes antiques offerts en 1771 au temples de Qufu témoignent de l’attachement de l’empereur à la doctrine du Sage, tandis que des photographies anciennes et un court-métrage moderne initient le visiteur à un parcours initiatique au cœur des hauts lieux du culte confucéen.

Dans la dernière salle, rouleaux peints, céramiques chinoises, gravures et ouvrages français et allemands évoquent l’engouement de l’Europe pour la Chine confucéenne au XVIIIe siècle