Vajrapâni

Tibet

XIe-XIIe siècle
Laiton incrusté et traces de polychromie
H : 69,6 cm
MA 3546

 

Ce bodhisattva Vajrapâni, « apportant l’illumination », représenté debout dans une position frontale, est une figure très populaire du bouddhisme tantrique. Son emblème qu’il tient dans la main droite, le « foudre-diamant » (vajra), constitue un élément fondamental présent dans la plupart des rituels du lamaïsme. Elégamment reposant sur sa jambe droite, son corps présente des proportions non-réalistes : le buste et la tête sont de dimensions exagérées par rapport aux jambes. Peut-être est-ce la volonté de créer un effet d’optique afin de corriger la perspective, produite par un probable positionnement de cette pièce sur un autel placé en hauteur. La forte influence de l’art du Cachemire est ici évidente dans l’ornementation à fleurons de la tiare, la forme des joyaux, les rubans attachés autour des hanches, la draperie à motif floral laissant un genou découvert, ainsi que les guirlandes de fleurs tombant à mi-hauteur des jambes, auxquelles de petites tiges les rattachent. De même pour les yeux, peints en blanc, évoquant les incrustations d’argent des oeuvres de ces contrées. D’autres détails cependant, tels que l’élongation marquée de ce corps, le geste, et quelques motifs de joyaux, sont d’une grande originalité et relient cette sculpture à l’art du Tibet occidental. Ce mélange d’influences étrangères et d’éléments proprement tibétains est caractéristique des productions artistiques de ce pays.

Fondue selon la technique de la cire perdue, cette statue est essentiellement composée de laiton, un matériau largement utilisé au Tibet. Cette oeuvre a vraisemblablement été réalisée au XIe ou et XIIe siècle, pendant une époque où cette région prospère était gouvernée par des monarques qui avaient de proches rapports artistiques et religieux avec le Cachemire, centre majeur de la culture bouddhique dans l’Himâlaya. Ils avaient fait de la protection du lamaïsme un des principaux supports de leur politique.

Texte d’après N. Bazin et G. Béguin