Târâ agenouillée

Cambodge, province de Siemreap, Preah Khan (Angkor)

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Epoque angkorienne, Style du Bayon
fin XIIe-début XIIIe siècle
Grès
H : 130 cm
Envoi de l’Ecole française d’Extrême-Orient, 1931
MG 18043

 

Selon certains auteurs, cette image féminine agenouillée, dans l’attitude d’une orante, tenait un livre - et représentait Prajñaparamita, mère de tous les Buddha selon d’autres elle effectuait un geste de prière, et figurait Tara, parèdre du bodhisattva Avalokiteshvara. Ces deux identifications sont compatibles avec la présence du jina Amitabha figuré devant le couvre-chignon. Le visage de cette sculpture est en outre souvent considéré comme dépeignant les traits de Jayarâjadevî, l’une des épouses de Jayavarman VII (r.1181-1218 ?). L’expression méditative, les yeux clos, participe pleinement du contexte bouddhique dans lequel l’oeuvre fut créée, et affiche le célèbre « sourire d’Angkor » apparu à cette époque. Son modelé délicat et sensible, traduit l’émergence d’un naturalisme d’une humanité profonde, inusité jusqu’alors dans l’art khmer, et qui rompt avec l’art brahmanique hiératique des époques précédentes il est caractéristique du style du Bayon qui couvre la fin du XIIe et le début du XIIIe siècle. Cette représentation n’est pas achevée, comme souvent dans la statuaire khmère, et sa base a été laissée à l’état d’épannelage.

Le style du Bayon, très raffiné avait pour fonction de véhiculer l’esprit d’une forme complexe de bouddhisme, répondant à de nouvelles préoccupations religieuses. En effet, la chute d’Angkor en 1177, entraîna une perte de confiance dans les divinités brahmaniques. Désormais dirigé par un roi bouddhiste Jayavarman VII, l’empire khmer allait atteindre son apogée. Le roi édifia la dernière capitale sur le site d’Angkor : Angkor Thom, et fit du bouddhisme du Grand véhicule (mahâyâna), la religion d’Etat, pour laquelle de nombreux monuments furent élevés.