Tête de bodhisattva

Chine, région autonome du Xingjiang, Tumshuq, monastère de Toqquz Sarai

VIe -VIIe siècle
Terre séchée partiellement cuite
H : 36 cm
Mission Pelliot
EO 1059

 

Cette tête de bodhisattva encadrée d’une coiffure à longues mèches étirées au naturalisme décoratif est surmontée d’une tiare que trois médaillons à bordures emperlées composent : deux à motifs en rosaces de fleurs de lotus et un présentant un décor floral évoquant certains motifs des auréoles de style Gupta. De telles tiares, héritées du Gandhâra ainsi que de l’Inde, se retrouvent largement dans les oasis du bassin du Tarim (Turkestan chinois). Les éléments de ce visage caractéristiques d’une période tardive, procèdent d’une stylisation plus élaborée qu’aux périodes précédentes, accentuant l’ovale pur presque circulaire « en face de lune », l’arête du nez est également plus anguleuse et marquée, les globes oculaires plus saillants tandis que les arcades sourcilières s’estompent plus rapidement sur le front. La bouche, savamment modelée, s’est amenuisée, mais conserve l’expression d’un demi-sourire extatique fidèle à l’iconographie du personnage. Appelé à une grande fortune en Sérinde, ce nouveau style montre un moindre souci de vérité anatomique, au profit d’un formalisme plastique propre à rendre le plus expressivement le visage idéalisé d’un bodhisattva.

L’usage des moules, hérité du Gandhâra permet d’ajouter des coiffures et ornement qui distinguent les personnages, néanmoins, ces figures étaient parachevées à la main.

On peut penser que ce type de tête de bodhisattva participait du même groupe de statues cultuelles, encadrant un Buddha, dont la tête fut retrouvée. Les vestiges de trois socles accréditent la thèse de la présence d’une triade. Cette pièce provient du monastère de Toqquz-sarai au Xinjiang, le plus important complexe bouddhique de la Sérinde occidentale du royaume de Kucha sur la route nord. Par ces voies commerciales, les missionnaires avaient entrepris, dès le premier siècle de notre ère, la conversion des peuples indo-européens du Bassin du Tarim, apportant avec eux l’art gandhârien.