Collections

La section chinoise du musée Guimet compte environ 20 000 objets couvrant sept millénaires d’art chinois, depuis ses origines jusqu’au XVIIIe siècle.

Le domaine archéologique s’ouvre sur la période néolithique avec des jades et des céramiques, se poursuit avec des bronzes des dynasties Shang et Zhou, œuvres majeures auxquelles il convient d’ajouter d’importantes collections d’éléments de harnachement et de charrerie, de miroirs et d’agrafes en bronze ainsi que de numismatique et de laques.


Dans le domaine de la statuaire, outre la grande sculpture relevant de l’art bouddhique (Le Panthéon bouddhique et le département d’Asie centrale) plusieurs donations - donations Calmann, Rousset, Jacob, Polain - ont permis la constitution d’une collection de mingqi Han et Tang, exceptionnelle par la variété des types évoqués.

Le domaine des arts décoratifs constitue un panorama très complet de l’histoire de la céramique chinoise où sont représentés, à travers environ 10 000 céramiques - grès, céladons et porcelaines - les fours les plus importants, les grandes innovations techniques ou les différentes facettes du goût ayant présidé à la commande, selon qu’il s’agit de pièces d’exportation ou de commandes impériales. Le mobilier est représenté par d’importantes pièces en bois laqué et en bois de rose. La peinture est représentée par un millier d’oeuvres s’échelonnant des Tang aux Qing.

Verseuse à alcool de type he

Ces récipients à trois pieds mammaires et sommet fermé qui leur vaut le nom de fengding he sont probablement issus de prototypes néolithiques en céramique qui évoquent à leur tour des modèles en métal, martelés et rivetés mais dont il ne subsiste aucun témoin. Les exemplaires de bronze sont généralement dotés d’un haut bec verseur tubulaire à l’avant du dôme couvert. La disparition de ce bec au profit de celui très naturaliste d’un oiseau de nuit du type hibou aux yeux ronds et petites oreillles est sans doute à mettre au compte de l’apparition de ce motif animal dans la seconde période de l’époque Shang (bronzes zoomorphes de type you et zun ou bien, véritable ronde bosse comme l’étonnant marbre conservé à l’Academia Sinica de Taipei). Les fengdighe de cette forme sont particulièrement rares, seuls deux autres exemplaires sont connus, l’un conservé au Japon, l’autre au musée de Los Angeles. Au vu du style plus descriptif de la frise décorative qui ceinture le col de ces deux verseuses, il semblerait que celle du musée Guimet appartienne à la dernière étape de l’histoire très courte de ces bien curieux bronzes rituels.

Oreiller en forme de tigre couché

Comme en d’autres pays, l’oreiller en Chine est un objet conçu pour soutenir la nuque des dormeurs. Objet de confort tout autant que protection contre les esprits malveillants de la nuit, il a une forme de coussin plus ou moins franchement rectangulaire dont la face supérieure, en plan incliné, présente une bordure avant légèrement concave. Un des plus anciens exemplaires connus est celui de la tombe de Liu Sheng (II e s. av. notre ère), rectangulaire, fait de plaques de jade cerclées de bronze doré et orné à chaque extrémité d’une tête de dragon dressée. L’oreiller zoomorphe constitue quant à lui une catégorie à part, limitée en nombre et dans le temps. Il est inventé en effet dans les ateliers de Cizhou (province du Henan) dont les grès à décors incisés, champlevés et peints en brun de fer, sur engobe clair et sous couverte transparente, ont donné leurs plus beaux fleurons entre les XIe et XIIIe siècles. Du modelé ramassé en forme de tigre couché de l’oreiller du musée Guimet, émane une impression de force que tempère l’image de l’oiseau perché sur son dos. Un motif inspiré des peintures d’album contemporaines et que sert un pinceau souple et généreux, lequel précise et souligne aussi les détails anatomiques et le pelage du félin.

Cédrat dit «main-de-Bouddha»

Taillée dans un rognon de néphrite particulièrement gros, ce morceau de jade est calqué sur le fruit réel, le cédrat (citrus medica var. sarcodactylis) dont la peau épaisse et digitée sert dans des préparations médicinales ou de confiserie bien que du fruit frais émane déjà un puissant parfum. Il en reproduit très précisément les formes baroques - à l’exception bien sûr de la cavité ménagée entre ses plis qui en fait un vase à eau – ainsi que les pousses feuillues issues du pédoncule. Offert comme gage de bonheur pour le Nouvel An en Chine, il embaumait dans les maisons et l’on dit même que l’impératrice Cixi en préférait l’odeur à celle de l’encens. Ces extraordinaires digitations qui ressemblent à de longs doigts effilés ont été assimilées à la gestuelle bouddhique des mûdra, d’où son nom et les qualités bénéfiques qui lui sont attribuées. La prononciation chinoise des mots Fo shou signifiant « main-de-Bouddha, se rapproche en effet phonétiquement des mots fu, bonheur et shou, longévité, et de ce fait, le fruit à lui seul constitue une sorte de rébus de bon augure en trois dimensions, un jeu d’esprit visuel particulièrement apprécié et répandu sous les Qing.

Agrafe courte en forme de luth

L’agrafe chinoise, plus ou moins longue et bombée, est toujours dotée d’un crochet à tête d’animal, dragon ou équidé, et au dos, d’un bouton circulaire relié au corps de l’agrafe par une tige solide. Un passant fixé d’un côté du vêtement recevait le crochet tandis que le bouton était passé dans une ouverture pratiquée à cet effet dans l’autre pan du tissu. Ce système apparaît vers le IVe siècle av. notre ère, il est purement chinois. Celui, contemporain, des plaques ornées rectangulaires des nomades, pourtant connu, ne sera pas adapté en Chine avant les Han postérieurs. Les agrafes de l’époque des Royaumes combattants sont des parures de luxe aux couleurs chatoyantes caractéristiques de l’époque et tout particulièrement celle-ci. La tête a reçu une feuille d’or délicatement martelée sur l’âme de bronze. De légères incisions et piqures soulignent le col et le cou, une incrustation colorée devait animer la pupille. Des plaques de turquoise taillées ont été incrustées dans le bronze selon un schéma déterminé par le motif des têtes de dragon stylisés dessinées à la feuille d’or. Au revers on a appliqué une feuille d’argent incrustée en or d’un motif en pédoncule de kaki sur la tête plate du bouton.

Bloc sculpté en forme de paysage de montagne, shanzi

A l’époque Ming, les livres imprimés et encyclopédies offrent un remarquable choix de modèles picturaux ou bien de reproductions d’objets d’autrefois. Les artistes y puisent largement mais, s’ils sont nombreux à satisfaire au goût de l’antique qui connaît un exceptionnel regain dans la haute société, certains s’affranchissent de cette mode et leurs productions, purement esthétisantes, viennent orner la table du lettré pour sa délectation personnelle. L’art du jade connaît en effet un développement spectaculaire à partir de cette époque. La peinture l’inspire et en particulier celle des paysages de montagnes et d’eau chers aux lettrés. Les blocs sculptés évoquent un microcosme, le plus souvent celui d’un flanc de montagne peuplé ou non d’animaux ou de quelques êtres humains, d’un lohan méditant ou bien d’un taoïste en quête d’immortalité. Un paysage tourmenté, creusé d’anfractuosités et une rivière coulant en contre-bas campent la scène du bloc sculpté du musée Guimet. Sur un piton rocheux un bélier assis, animal de bon augure, tourne la tête et exhale un souffle matérialisé dans le jade par un ruban sinueux qui s’élargit en nuages qui viennent soutenir le symbole du Grand faîte ou Taiji, de l’union du Yin et du Yang, métaphore de la dynamique cosmique universelle.

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