Musée Guimet
français
English
中文
日本語
한국어
RESSOURCES NUMÉRIQUES
Yosa Buson (1716-1783)Torse de BuddhaStatue monumentale d'un bodhisattva en pierreDivinité féminine - Art khmer, style de Preah KoBodhisattva AvalokitesvaraBuddha marchantHayagrîva et son épouseRoi-gardien ou musicien célesteLa paire de paravents aux chrysanthèmes blancs d'Ogata Kôrin

Bodhisattva Avalokitesvara

IIIè siècle
Bronze à forte teneur en étain
Don de la société VINCI, 2005

« Au royaume du Kapisa (1) », rapporte Xuanzang, le pèlerin chinois parti sous la dynastie Tang (2) visiter le pays de la Loi (3), « le roi est de la caste des Kshattrya (4). Il est d’un tempérament perspicace et comme il est brave et déterminé, il a soumis les contrées alentour et en contrôle près de dix. Il chérit son peuple avec affection et fait preuve d’une grande déférence envers les trois joyaux (5). Chaque année, il fait réaliser une figure en argent du Buddha de dix-huit pieds de haut et en même temps convoque une assemblée appelée « Moksha Mohaparishad » où il donne l’aumône aux pauvres, et aux malheureux, et vient en aide aux plus démunis ».

A voir cette statue de bodhisattva (7) où le bronze à forte teneur en étain prend une valeur d’argent, le récit du moine, éternel voyageur, prend un relief nouveau. Au Nord-Ouest de l’Inde, dans l’ancien Gandhara, autour de Peshawar ou au Nord de Kabul, la tradition du bronze remonte bien au-delà de la période qui voit l’épanouissement de l’école du Swat et celle du Cachemire au 7ème-8ème siècles. Certes, les témoins en sont de nos jours quasi inexistants à la frontière afghane et les dates bien souvent hasardeuses, en l’absence de toute référence, mais l’écho en existe à travers les premiers bronzes dorés qui attestent du Bouddhisme en territoire chinois. Le meilleur exemple en est le bodhisattva « gandharien » conservé à Kyoto au Fuji Yurinkan et que l’on date, faute de mieux, du 3ème siècle après l’ère chrétienne.

Au Gandhara proprement dit, mis à part les quelques bronzes gréco-romains retrouvés à Begram (6) ou bien à Taxila (7) (image d’Harpocrate ou bien de Serapis), les images bouddhiques sont excessivement rares à part l’exemple du British Museum (fouilles de Shahri-Bahlol) ou du Musée Guimet (Donation Ullens). Dans les deux cas, le Buddha apparaît représenté debout, la main levée dans le geste de l’absence de crainte. Les images de Bodhisattva en revanche font complètement défaut et le Bodhisattva tout récemment acquis, grâce à la donation Vinci, est une pièce unique.

Ce bronze est en effet exceptionnel et apparaît comme un jalon important pour une meilleure compréhension de l’histoire et du style de l’art du Gandhara. Pour la 1ère fois, se dessine en effet une cohérence stylistique entre les matériaux (bronze, schiste, stuc) puisque ce bodhisattva vêtu comme un raja, le torse dénudé et très richement paré, paraît étrangement proche des sculptures mises à jour sur le site de Shahri Bahlol qui font toute la fierté des musées de Lahore ou bien de Peshawar. Analysé au Laboratoire de Recherche des Musées de France, ce bronze montre un pourcentage très important d’étain, dans sa composition (plus de 20% en masse), et souligne l’importance et la vitalité de cet art que d’aucuns ont longtemps considéré comme un art « provincial ». Le visage, le profil et le masque, sont ici parfaitement classiques - sauf qu’il s’agit d’un bronze -, alors que les bijoux, en revanche, montrent une exubérance qu’on s’attendrait plutôt à retrouver en stuc (voir le détail du collier ou des pendants d’oreille, ou encore celui des brassards qui ornent le haut des bras). Dans la coiffure du personnage, l’image d’un Buddha, assis et méditant, invite à interpréter la figure que représente ce bronze comme celle du bodhisattva Avalokitesvara. Evoquant certaines peintures provenant de Dunhuang, il fait de la main droite le geste d’apaisement, quand de l’autre il tient le petit vase à eau. A voir cette pièce isolée, on peut se demander s’il ne s’agit pas d’un élément d’une triade dont Sakyamuni (ou bien Amitabha) aurait pu être centre. La coiffure en boucle, au revers de la tête, paraît indiquer une date relativement tardive dans l’évolution communément admise du style du Gandhara.

(1) Afghanistan, la région de Begram, an Nord de Kabul.
(2) 618-907.
(3), L’Inde, le pays du Buddha.
(4) La caste des guerriers.
(5) La doctrine boddhique –Le Buddha, sa Loi et sa Communauté.
(7) Catégorie d’intercesseurs qui se développe dans le Bouddhisme Mahayana.
(6) Fouilles de la DAFA, 1937.
(7) Fouilles de l’Archaological Survey of India, 1912-1913.

Crédits
© Conception et réalisation musée national des arts asiatiques Guimet, avec le soutien du Crédit Agricole